Wizard
C’était quoi ce documentaire pourri sur Arte ? La chaîne franco-allemande programmait hier soir une soirée spéciale musicals. Tout le monde dit I love you, de Woody Allen, ouvrait le bal. S’ensuivait un documentaire sur les comédies musicales hollywoodiennes, un portrait de Judy Garland et un court métrage asiatique (de Singapour ). J’aime beaucoup le film de Allen, le portrait de Judy était réussi, mais alors ce documentaire… J’ai toujours été un grand partisan des relations entre le France et l’Allemagne, mais je crois qu’avec la production d’un doc sur les comédies musicales hollywoodiennes, on est allés un peu loin. Déjà, le sujet en soi est étrange. Comment séparer la comédie musicale hollywoodienne de celle de Broadway ? Eh bien, c’est un tour-de-force que reussit le doc. Par exemple, Chicago est présenté comme "un film de 2002", sans plus de précision. Tout est mélangé, le film suit une progression chronologique, mais présente Les Demoiselles de Rochefort avant les Parapluies de Cherbourg ; évoque Cabaret (1971), puis le narrateur déclare qu’il ne se passe rien d’intéressant entre les années 60 et le milieu des années 80… Rien sur West Side Story. Le plus choquant est peut-être l’aspect ultra-cheap du lot. Peut-être les producteurs auraient-ils pu consacrer un budget conséquent à l’acquisition d’images d’archives, plutôt qu’au cachet, qu’on suppose énorme de Joel Grey qui officie en passe-plats de luxe et qui en profite pour s’auto-congratuler au passage ("J’ai reçu un Oscar et un Tony pour le même rôle, nous ne sommes que 6 dans ce cas là" ou "Ma fille, Jennifer Grey, est devenue célèbre grâce à son rôle dans Dirty Dancing, l’un des films musicaux ayant eu le plus de succès"). Parce que les scènes de Fred Astaire ou une remise d’Oscar en animation pourrie, ça le fait vraiment moyen. Côté experts, des critiques allemands ou français et quelques interventions de Kenneth Branagh…  Donc rien de très excitant, Joel Grey aurait été un témoin bien plus intéressant.
Heureusement, la bio de Judy était de meilleure tenue. Quelques intervenants intéressants, Mickey Rooney, Tony Bennett, Lauren Baccall, Dirk Bogarde, Sid Luft, Artie Shaw, un extrait d’une interview de Liza et quelques extraits d’une interview tardive de Garland (à la question "Qu’auriez vous voulu être si vous n’aviez pas été comédienne ?", elle répond très sérieusement "Happily married"). Le tout était assez émouvant. Comment pourrait-il en être autrement avec elle ? Sa carrière et tous ses problèmes avec des substances chimiques de tout ordre ont été évidemment balayés, les années MGM, l’échec relatif de A Star is Born, l’arrêt du Judy Garland Show, son auto-destruction progressive. Je retiens ce témoignage de Dirk Bogarde, au début des années 70. Il disait à peu près ceci "Oui, je l’ai laissée tomber, comme beaucoup d’autres de ses amis. Elle appelait à toute heure de la nuit. Elle ne pouvait pas concevoir que quelqu’un d’autre ait une vie qui ne dépende pas de la sienne. Un jour bien avant que je ne la perde de vue, elle m’a dit "Tu me laisseras tomber un jour ou l’autre. Vous me laisserez tous tomber. Mais en le faisant, vous me regarderez droit dans les yeux." Mais quand c’est arrivé, personne ne l’a regardée dans les yeux." Dommage en revanche que le documentaire ait présenté si peu de numéros musicaux un tant soit peu dans la longueur...