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C’est l’événement comédie musicale de cette saison. Après A little night music, l’an dernier, le Châtelet présente en ce moment un nouveau Sondheim: Sweeney Todd (livret: Hugh Wheeler).

Autant le dire tout de suite: c’est une grande réussite. Il y a peu d’endroits où l’on pourra voir un tel cast, avec une telle mise en scène, un décor aussi impressionnant et un orchestre aussi fourni. Sondheim lui-même s’en émerveille à longueur d’interviews. L’effet produit est donc maximal: dès le lever du rideau, les premières notes de la Ballade de Sweeney Todd vous prennent littéralement à la gorge et le Not While I’m Around de Toby vous serre le cœur.

Du côté des comédiens-chanteurs, sans atteindre le degré de folie de George Hearn et d’Angela Lansbury dans les rôles principaux, Rod Gilfry et Caroline O’Connor s’en tirent avec les honneurs. Étrange tout de même d’entendre une Ms Lovett avec une belle voix… Même chose pour les seconds rôles, avec une mention particulière pour la ténor Pascal Charbonneau, qui incarne Toby, dont l’aisance et la puissance dans les aigus est assez remarquable.

Les décors et la mise en scène m’ont semblé dans la lignée de ce qu’avait Harold Prince lors de la création (que l’on peut voir dans le DVD). Pas de réelle surprise de ce côté-là, mais une belle efficacité.

A ce titre, j’envie les spectateurs qui vont découvrir Sweeney pour la première fois. Ils ne considèreront sans doute plus jamais la comédie musicale de la même manière…

Espérons que le Châtelet va continuer à présenter un Sondheim tous les ans, avec cette même qualité. Allez disons Company en 2012 et Follies en 2013.

Cette production de A Little Night Music était spéciale pour moi. A plusieurs titres:

  • C’est la première fois depuis quarante ans qu’une œuvre de Sondheim est présentée en France. Celles et ceux que je saoule avec lui depuis des années vont enfin pouvoir comprendre de quoi je parle (j’en connais déjà un qui fait moins le malin).
  • Ce n’est que la deuxième fois que j’assiste à une représentation d’un Sondheim (avec Assassins – j’ai vu Follies aussi, mais en version concert et West Side Story, mais ça ne compte pas vraiment), les autres œuvres ayant été vues en DVD ou uniquement écoutées.
  • La première avait lieu le jour de mes 30 ans.
  • Sondheim en personne était annoncé.

A Little Night Music met en scène les chassés-croisés amoureux de plusieurs couples dans la Suède du début du XXè siècle. Il y a un avocat vieillissant (incarné par Lambert Wilson), marié à une jeune femme de 18 ans ; son ancienne maîtresse, la comédienne, Désirée Armfeldt (Greta Scacchi) ; l’amant de celle-ci, ainsi que son épouse et la mère de Désirée, Madame Arfeldt, vieille courtisane, « qui en sait trop » (Leslie Caron).

J’ai assisté à deux représentations: la pré-générale (sans public) et la première. La seconde était heureusement la plus réussie, malgré le stress assez monumental que dégageaient certains comédiens, Lambert Wilson et Leslie Caron en tête (qui a oublié les paroles de sa chanson, et deux répliques). Comme toujours, Laurent de Paris Broadway, fait une critique très détaillée et fort juste, donc je vais plus insister ici sur mon ressenti.

C’est d’abord la qualité de l’écriture qui m’a frappée. Chaque mot, chaque note, chaque lyric semblent avoir été pesés (ce qui est sûrement le cas). Le livret de Hugh Wheeler remplit parfaitement sa mission de comédie. Les répliques et les traits d’esprits fusent (les lyrics ne sont pas en reste, à l’image de Now ou du très drôle You must meet my wife). Je connaissais déjà la musique, bien sûr, mais à l’entendre jouée ainsi, en situation, par l’Orchestre de Radio France, c’était presque comme si je l’entendais la première fois. Les cordes qui reprennent le thème de Send in the clowns à la toute fin du deuxième acte me font toujours le même effet et les élégantes Night Waltz (The sun won’t set et The sun sits low) me trottent toujours dans la tête, deux jours après la représentation.

Contrairement à Laurent, j’ai trouvé Lambert Wilson tout à fait à sa place, peut-être pas toujours au top côté chant, mais assez juste côté comédie. Greta Scacchi se révèle être une excellente comédienne et, en effet, elle gère plutôt bien ses limitations vocales (elle n’avait jamais chanté auparavant). Son Send in the clowns rappelle d’ailleurs beaucoup l’original, de Glynis Johns. L’arrivée dansée de Leslie Caron est très émouvante. Dommage qu’ il lui manque un peu de l’autorité et de l’ironie que l’on imagine être celles d’une ancienne courtisane à qui le roi des belges offrit un jour un duché. Le reste du cast est uniformément brillant et sert à merveille la partition.

Stephen Sondheim, que mon collègue Christophe et moi avons très légèrement stalké lors de l’entracte, est venu saluer à la fin (photo ci-dessous, avec le pantalon beige -  et oui, nous étions loin, avec un petit appareil!). Selon l’équipe du Châtelet, il s’est dit très heureux de cette production, qu’il a trouvé très belle et très émouvante.

Un Sondheim, en présence de Sondheim, au Châtelet: c’est certain, je ne pouvais pas mieux débuter ma quatrième décennie.

Leslie Caron, qui dansa jadis aux cotés de Gene Kelly (Un américain à Paris) et Fred Astaire (Daddy Long Legs), est de retour sur scène au Chatelet dans A little night music, de Sondheim, où elle interprète le rôle de Madame Armfeldt. Je l’ai interviewée avec Christophe, il y a quelques jours… Nous n’avions que quelques minutes pour cela, mais la rencontre fut délicieuse. Il y a décidément de bons côtés à ce métier.Voir la vidéo ci-dessus.

Première du spectacle ce soir.

Zeta-jones lansbury

Lu sur Regard en Coulisse, Catherine Zeta-Jones et Angela Lansbury devraient rejoindre le cast d’A Little Night Music sur Broadway cet hiver. Respectivement dans les rôles de Desiree et Madame Armfeldt. Zeta-Jones n’était pas mal du tout en Velma dans Chicago. Saura-t-elle donner de l’âme à Send in the clowns? Et Lansbury décrochera-t-elle un nouveau Tony?

Dans la production parisienne au Chatelet, leurs rôles seront tenus par Kristin Scott-Thomas et Leslie « Moi, j’ai connue Judy Garland » Caron.

Quelle production avez-vous le plus envie de voir?

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Vista met à disposition le tableau Dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte – 1884, de Georges Seurat, qui a inspiré Sunday in the Park with George de Stephen Sondheim et James Lapine, comme fond d'écran. Je l'ai évidemment immédiatement adopté.

Sundaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaay!

J'écoute beaucoup Passion en ce moment… Si jamais quelqu'un a la version du Lincoln Center avec Michael Cerveris, Patti LuPone et Audra MacDonald en mp3, je suis preneur!

Ci-dessus, le magnifique finale.

"I'm someone to be loved / And that I learned from you".

Ci-dessous, le player du podcast spécial de Masterworks Broadway, consacré à Sondheim.

Raul esparza being alive

Vous aviez aimé voter sur la meilleure version de Send in the clowns (celle de Judi Dench, selon vous). Votez maintenant pour votre version préférée de Being Alive. Vous pouvez voir les différentes versions en cliquant sur le lien après le sondage.

(Lire la suite…)

Lisez ce passionnant résumé de l'entretien public entre Frank Rich et Stephen Sondheim, à l'Avery Fisher Hall de New York.
Je connaissais déjà quelques unes des anecdotes ou des opinions retranscrites. En dehors de cela, j'aime beaucoup la première anecdote sur Ethel Merman et la "swearing jar".
On apprend également que Sondheim apprécie la traduction en espagnol des paroles de West Side Story. Il réaffirme que le Bobby de Company est bien hétéro, contrairement à ce qu'ont pu supposer certains exégètes. Il critique South Pacific, et notamment les paroles de There's nothing like a dame, précisant qu'Oscar Hammerstein est meilleur dans le registre romantique. Sur ce dernier point, il n'a pas tort.
A noter aussi, la citation d'Elaine Stritch s'adressant à un barman "Donnez-moi une bouteille de vodka et un plan du sol.".

Oui, c'est bien ce que vous pensez.

Je ne suis pas certain que la notion de faire entrer les clowns après un numéro de vaudeville raté soit transposable en France. Et quand bien même, je ne suis pas certain que cette traduction soit à la hauteur. Quant à l'interprétation parlée-chantée, bof bof bof. Faut-il en rire, indeed.

[Merci à Jérôme pour le tuyau.]

Send in the clowns

Suite au post précédent (qui doit être le plus commenté de l'histoire de ce blog), voici quelques autres versions de Send in the clowns.Je vous fais grâce des interprétations de Christian Morin et André Rieu (pour les curieux, elles sont sur deezer).

Celle de Judy Collins:

Celle de Cleo Laine, live au Carnegie Hall:

Celle de Frank Sinatra:

Celle de Glenn Close, sur Sondheim, A celebration at Carnegie Hall (que je vous recommande chaudement):

En bonus, ci-dessous, une Master Class du maître, à propos de Send in the clowns, justement. Du pur Génie.

Les amateurs de théâtre musical se posent des questions fondamentales. Qui est la meilleure interprète de Gypsy? Plutôt Rita Moreno ou Chita Rivera? Liliane Montevecchi aurait-elle dû reprendre son rôle dans la version filmée de Nine? J'en ajoute une à la liste. Quelle est selon vous la meilleure version de Send in the clowns. Il existe probablement des centaines d'interprétations différentes. J'ai retenu celles qui me semblent être le plus marquantes. Ecoutez bien et n'oubliez pas de voter ensuite!

Attention pour écouter la version de Barbara Cook, il faut sans doute être sur Firefox.

  • Il y a celle de la créatrice du rôle de Desiree, Glynis Johns:

  • Celle de Barbra Streisand, sur The Broadway Album:

  • Celle de Barbara Cook, sur Mostly Sondheim:

  • Celle de Judi Dench:


Le New York Times est assez moyennement emballé par Road Show, le dernier Sondheim. La critique de Ben Brantley se termine par cette phrase mi-figue mi-raisin : "A l'image de ses personnages principaux, Road Show dispose de richesses dont il ne sait pas très bien quoi faire."

Plus près de nous, Laurent de Paris Broadway semble ne pas avoir été enthousiasmé non plus (lire son post).

Quelqu'un d'autre a une opinion?

Sondheimthestorysofar
La compilation Sondheim, the story so far revient sur toute la carrière du compositeur avec des extraits de ses comédies musicales et de nombreuses raretés.Le site Masterworksbroadway.com en a profité pour publié plusieurs podcasts, avec des interviews du compositeur, mais aussi de Patti LuPone, Angela Lansbury, Bernadette Peters et Chita Rivera.
Le New York Times en a profité pour interroger le chef d'orchestre Paul Gemignani (qui a très souvent travaillé avec Sondheim). Il évoque en particulier quatre chansons, The Ladies who Lunch, I'm still here, Pretty Lady et Agony.

Sa vie est une comédie musicale, pour reprendre le titre de son dernier spectacle. Réalisateur, auteur, metteur en scène, scénariste, co-Rédacteur en chef de Regard en Coulisse, Stéphane Ly-Cuong est une figure incontournable du genre en France. Il était interviewé ici pas plus tard qu'il y a quelques jours [lire l'interview].

Voici les réponses à son mini-questionnaire Sondheim. Et de trois pour Move On ! Encore un ou deux questionnaires et nous aurons les paroles complètes.

Ta première rencontre avec l'œuvre de Sondheim ?
Quand j'étais petit, il y avait chez moi une sorte de boîte à musique avec un clown qui dansait sur l'air de "Send In The Clowns". Je n'avais évidemment aucune idée de ce qu'était cette chanson ainsi que son compositeur, mais l'air m'avait beaucoup marqué ! La première fois que j'ai vraiment retenu son nom, c'était en terminale, lorsqu'on nous a fait étudier les lyrics d'"America". J'ai traversé une longue phase "West Side Story" durant laquelle j'écoutais le 33 tours en boucle. Plus tard, j'ai commencé à m'intéresser à son œuvre, via des enregistrements, puis des spectacles live. Mon apprentissage n'est toujours pas fini !

Pourquoi aimes-tu ses musicals ?
J'aime la façon dont les sentiments humains sont décrits avec une rare justesse, une étonnante précision. De plus, ses textes ne nous livrent pas leur clé dès la première écoute. D'une part, il y a bien évidemment le fait (très vivifiant) de devoir réfléchir un minimum pour comprendre. D'autre part, il y a le fait qu'on ne comprend mieux certaines situations qu'après les avoir vécues. Ainsi, même si Sondheim n'a rien écrit récemment, son répertoire offre une inépuisable source d'émotions, de découvertes, de lectures et de relectures. Il est donc impossible de s'en lasser, d'en être blasé et de pouvoir prétendre en avoir fait complètement le tour. J'ai le sentiment qu'il y a un musical ou une chanson de Sondheim pour chaque moment de notre vie. Un jour, on se sent Bobby ou George, puis le temps passe, et on est Hattie ou Carlotta !

Si tu ne devais garder qu'une scène…
J'ai envie de tricher et de garder un thème (plutôt qu'une scène), celui des constats doux-amers sur une relation amoureuse ratée. "Send In The Clowns", "We Do Not Belong Together" et surtout "Good Thing Going" m'ont fait pleurer quand je les ai vus sur scène. J'aime ce mélange de souffrance, de lucidité et d'ironie légèrement distanciée, baignée néanmoins d'une profonde tendresse.

Ton lyric préféré  ?
"Stop worrying if your vision
Is new.
Let others make that decision -
They usually do.
You keep moving on."
("Move on", Sunday in the Park with George)

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