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Fin connaisseur du théâtre musical, Rémy Batteault est réalisateur. On lui doit notamment le commentaire The Funny Face of Broadway. A ses heures perdues, il est également co-rédacteur en chef de Regard en Coulisse.

Voici ses réponses.

Ta première rencontre avec l'œuvre de Sondheim ?
Follies, parce que la pochette du CD m'avait très intrigué… Et l'écoute du disque fut une sorte de révélation

Pourquoi aimes-tu ses musicals ?
Les musicals de Sondheim empruntent à chaque fois un chemin différent, que ce soit dans les sujets choisis, dans la partie musicale. J'aime énormément l'érudition de cet auteur-compositeur, présente dans chacune de ses oeuvres mais jamais pesante.

Si tu ne devais garder qu'une scène…
La scène d'ouverture de Follies

Ton lyric Préféré ?

"We've always belong
Together !
We will always belong
Together !
Just keep moving on "
("Move On", Sunday in the Park with George)

C'est en grande partie à Christophe Martet que je dois ma passion pour le théâtre musical. Je me souviens tout particulièrement d'une après-midi de 2004 à Têtu, où il était mon rédacteur en chef adjoint.  Je lui ai annoncé que j'allais passer quelques jours à New York. Il m'a alors enfermé dans son bureau et m'a prévenu : je ne ressortirai pas tant que je n'aurais pas pris de place pour Assassins, qui se jouait au Studio 54. Je me suis exécuté. And the rest is history.

En attendant le développement du projet sur lequel nous travaillons actuellement, vous pouvez retrouver Christophe sur son blog.

Ta première rencontre avec l'œuvre de Sondheim ?
Sur le tourne-disque Tepaz compact en cuir marron et plastique beige que mes parents avaient acheté en 1964, je faisais tourner toute la journée le 33 tours de West Side Story (la version d'Hollywood, avec Natalie Wood). J'étais emballé par la musique et même si je ne parlais pas encore anglais (j'avais cinq ans), les lyrics de "I Feel Pretty" résonnait dans mon cœur de garçon (déjà) sensible. Les deux autres disques que j'écoutais en boucle était le 45 tours "Don't Make Me Over" de Dionne Warwick et "Nocturnes" de Debussy.

Pourquoi aimes-tu ses musicals ?

La deuxième œuvre de Sondheim que j'ai écouté, c'est Company et "Being Alive" a été un grand choc. J'avais l'impression que cette chanson avait été écrite pour moi.

Si tu ne devais garder qu'une scène…
Il y en a tellement !  J'en garderai trois: "A Little Priest" dans Sweeney Tood, à mourir de rire ; "Finishing The Hat" dans Sunday in The Park With George. "Someone In A Tree" dans Pacific Overtures (dans le revival de 2005).

Ton lyric Préféré ?

"I've run the gamut,
A to Z.
Three cheers and dammit,
C'est la vie.
I got through all of last year
And I'm here."
("I'm still here", Follies)

Stephen Sondheim se verra remettre un Tony Award spécial pour l'ensemble de son œuvre le 15 juin prochain à New York. Bien que l'intégralité de ce blog puisse être considérée comme une déclaration d'amour sans cesse renouvelée à un auteur/compositeur d'exception et au genre qu'il a contribué à faire briller, j'ai voulu lui rendre un hommage particulier en donnant la parole chaque jour cette semaine à ceux qui l'aiment : blogueurs, journalistes, ou simples admirateurs. 

C'est Laurent, du blog Paris-Broadway, qui ouvre le bal.

Ta première rencontre avec l'œuvre de Sondheim ?
Sur scène ? A Little Night Music,la production du National Theatre de Londres, mise en scène par Jeremy Sams, en octobre 1995. La magnifique Judi Dench dans le rôle de Désirée et Patricia Hodge en Charlotte. Quinze musiciens qui faisaient littéralement l'amour aux sublimes orchestrations de Jonathan Tunick. J'ai mis beaucoup de temps à redescendre sur terre après.

Pourquoi aimes-tu ses musicals ?

Parce que Sondheim n'insulte jamais son public en "se mettant à son niveau". Au contraire, il le tire vers le haut, le force à se dépasser, en refusant la facilité qui caractérise tellement d'œuvres récentes. Ce qu'il écrit rend heureux ou remue les tripes, sans qu'on comprenne tout de suite complètement pourquoi. Il est l'un des rares auteurs à savoir jouer aussi subtilement de l'alliance de la musique et des lyrics. On peut relire ses lyrics dix fois et y trouver chaque fois une nouvelle profondeur. Et quel compositeur ! Sa musique est tellement ancrée dans la tradition de Broadway et à la fois tellement nouvelle. Sondheim est pour moi l'illustration parfaite d'une maxime trop souvent oubliée de nos jours : on ne fait progresser ou on ne renouvelle un genre qu'à la condition d'en avoir une connaissance intime.

Si tu ne devais garder qu'une scène… 
C'est difficile de choisir. Je suis toujours bouleversé par "Being Alive" à la fin de Company. J'ai vu Company pour la première fois alors que j'approchais de l'âge de Bobby, qui fête ses 30 ans dans la pièce. C'était Adrian Lester qui jouait le rôle. Il chantait "Being Alive" avec une intensité que je n'ai jamais retrouvée depuis. Lorsqu'il arrivait à "But alone is alone, not alive", il n'y avait plus beaucoup d'yeux secs dans le public !

Ton lyric préféré ?
"The choice may have been mistaken
The choosing was not.
You have to move on."
("Move On", Sunday in the Park With George)

C'est ma philosophie de la vie, en trois lignes. Je suis profondément ému chaque fois que je l'entends.

- En repensant au Sweeney Todd de Burton, je persiste à trouver qu’il s’agit d’une excellente adaptation. Pourtant, l’impact de du film est largement inférieur à celui d’une oeuvre de Sondheim sur scène. Du coup, il est parfois un peu gênant de le recommander à un ami en disant : tiens, voilà ce que fait ce Sondheim dont je te bassine sans arrêt.

- Je suis frappé par les réactions assez tièdes que j’ai lues ici ou là – hors critiques "pro". Et encore quand elles sont enthousiastes, elles le sont par rapport aux performances de Depp et Bonham-Carter. Pour ma part, le problème est justement là, on ne parvient pas à oublier l’identité des acteurs. Pour le reste, la musique de Sondheim ne livre pas toutes ses clés à la première écoute. Il n’est guère étonnant que le génie de la partition ne soit reconnu immédiatement. De là à qualifier les chansons comme "sans prétention", comme j’ai pu le lire, il y a quand même un pas important…

- "The Hollywood Musical done right’" à lire à propos de Sweeney en particulier et du Hollywood musical en général.

- Réécoute de l’Original Broadway Cast, avec Len Cariou et Angela Lansbury. Vocalement, Cariou est le meilleur des Sweeney. George Hearn et Michael Cerveris sont plus brut de décoffrage, ce qui peut avoir un certain intérêt, notamment sur scène, mais l’interprétation de Cariou est d’une fluidité extraordinaire. Il a  obtenu le Tony.


   


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Souriresdunenuitdt
C’est le film qui a inspiré A little Night Music, de Sondheim. Sourires d’une nuit d’été a été réalisé par Ingmar Bergman en 1965. Ceux qui attachent une image trop intello à Bergman en seront pour leur frais. Il s’agit, comme le générique l’indique d’une "comédie romantique" et c’est une merveille de légèreté.

La trame et les personnages du musical de Sondheim sont tous là, Fredrik Egerman et sa jeune épouse, encore vierge, Anne, son ancienne maîtresse Désirée Armfeldt, le bête et méchant Comte Malcolm et sa femme, fière et blessée. Et bien sûr le dépressif Henrik, fils de Fredrik et l’épicurienne Petra, la bonne des  Egerman.

Même si le film n’a pas besoin de ça, le miroir que lui tend l’oeuvre de Sondheim – où l’on trouve sa plus célèbre chanson, Send in the clowns – rend son visionnage encore plus passionnant. Mais l’effet miroir joue dans les deux sens. Si le livret est globalement très fidèle à l’oeuvre, les chansons de Sondheim lui apporte sans conteste une dimension supplémentaire.

Le simple fait que toute la partition soit composée en 3/4 temps contribue grandement à l’ambiance de l’adaptation : tout ceci n’est qu’une grande valse. Ceci mis à part, la trouvaille qui permet au musical de se décoller du film, c’est celle du choeur grec, ici habillé en tenue de bal. Il est donc ici pour commenter l’action, souligner les liens entre Fredrik et Desirée (Remember) ou mettre la Comtesse Malcom face à ses contradictions (brève reprise d’Everyday a little death).

Pour le reste, le livret et les chansons plus illustratives se montrent très fidèles au film de Bergman tout en rajoutant des petits éléments qui donnent un peu plus de saveur à l’histoire, telles les chansons de Madame Armfeldt (Liaisons) ou Petra, la bonne, qui célèbre "everything that passes by" dans The Miller’s son.

A noter qu’il y a des chansons dans Sourires d’une nuit d’été : Desirée chante à deux reprises. Mais chez Bergman comme chez Sondheim, la lune d’été sourit bien trois fois.

Sweeneytoddbig
Une jolie réussite. Adapter Sondheim au cinéma est tout sauf évident. Tim Burton s’en tire avec les honneurs. L’oeuvre est globalement bien respectée. Les quelques coupes dans les chansons et le livret tendent parfois à simplifier les personnages ou certaines situations (le juge notamment), mais le film s’en trouve dynamisé.

On craignait beaucoup des voix des interprètes, Johnny Depp, dans le rôle titre et Helena Bonham Carter, dans celui de Ms Lovett, notamment. Si la seconde sonne parfois un peu juste, le premier s’en tire plutôt bien – son interprétation assez pop a le mérite de rendre un peu plus accessibles certaines chansons pas forcément évidentes à première écoute avec une voix plus opératique.

La musique bénéficie d’un large orchestre. Jonathan Tunick, aux orchestrations et Paul Gemignani à la conduction – deux vieux habitués du répertoire sondheimien – s’en donnent visiblement à coeur joie. Quel plaisir d’entendre La ballade de Sweeney Todd dans une salle bien sonorisée… Dommage qu’elle soit ici seulement instrumentale, alors qu’elle joue le rôle de choeur grec dans la pièce. Swing your razors wide, Sweeney…

Les seconds rôles sont excellents, Alan Rickman en juge Turpin en tête. Sacha Baron Cohen en Pirelli est également très convaincant, et le jeune acteur qui interprète Anthony est fort joli. Petite nouveauté à signaler pour Toby, qui est habituellement un jeune adulte un peu lent d’esprit : c’est ici un enfant. Peu importe, Not While I’m Around est toujours aussi beau. 

Le seul point qui me gêne vraiment, c’est le style Burton, un peu toc. Une histoire comme celle de Sweeney aurait gagné a être traité avec une image plus sale, des travellings moins jolis. Mais on ne serait plus chez Burton…

Espérons que ce film pourra servir d’introduction à l’oeuvre de Sondheim pour un large public. On aimerait juste voir la promo du film assumer un peu plus le côte musical du film. Nombreux sont ceux qui doivent être un peu surpris de ce trouver devant ce film très musical, alors qu’à aucun moment le film n’a été vendu comme tel…

Le classique sondheimien revu et corrigé par Shirley MacLane, dans une vraie performance bigger than life. Cette version est issue du film Postcards from the edge, de Mike Nichols, sur une scénario très autobiographique de Carrie Fisher (la Princesse Leia de Star Wars) où cette dernière raconte ses déboires avec sa mère, l’actrice Debbie Reynolds (Chantons sous la pluie). Shirley MacLane joue le rôle de la mère et Meryl Streep, celui de sa fille. Les paroles ont été largement modifiées dans ce I’m Still Here, très certainement de la main même de Sondheim – je doute qu’il laisse quelqu’un d’autre y toucher. J’aime beaucoup le "I’m feeling transcendental / Am I here ?".

A voir deux vidéos passionnantes autour de Pacific Overtures, de Stephen Sondheim et John Weidman. Elles ont toutes deux été tournées probablement en 1976 – en pleine décennie des cols roulés. Dans la première, ils sont tous deux interviewés par Frank Rich, célèbre critique du New York Times.   

Dans la seconde, le cast original répète Someone in a tree, la chanson que Sondheim préfère dans tout son répertoire. Et contrairement aux apparences, ce n’est pas Mireille Mathieu qui interprète le garçon de 10 ans. Pour info, la version scénique de la même chanson.

A lire, cet article du New York Times dans lequel Sondheim revient sur la conception du film Sweeney Todd. Le compositeur revient notamment sur le casting et les nombreuses coupes dans sa partitions, dont la fameuse Ballade de Sweeney Todd. On y apprend aussi que Sondheim travaille sur une adaptation de Follies avec Sam Mendes…

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Barbara Cook était à Londres le 2 décembre dernier pour un concert de charité au profit d’une association de lutte contre le sida. L’événement était intitulé "Barbara Cook & friends". Pour l’occasion, la chanteuse, qui célèbre également ses 80 printemps, avait convié une poignée d’artistes du West End. Le programme avait une certaine gueule : ouverture et finale avec Candide, de Bernstein, du Sondheim, du Rodgers & Hammerstein, du Irving Berlin, etc. Que n’a-t-il été pollué par les interventions de la plupart des "friends" !  A l’exception de la formidable Sian Phillips et d’une certaine Anna Nicholas, tous se sont montrés indignes du concert dans lequel ils se trouvaient. La faute au répertoire choisi (des lloyd weberies ou pire) et à des interprétations sans saveur. La "first lady" du West End, Elaine Page, n’a pas dérogé à la règle en chantant I know him so well, de Chess ("Une de mes partitions préférées" et elle est signée de… ABBA) et une version très Le Cri de Cry me a river (celui d’Arthur Hamilton, pas de Justin Timberlake). Même Daniel Evans, pourtant auréolé de son interprétation dans Sunday in the Park…, et Ruthie Henshall, très en beauté, se sont révélés fades.

Fort heureusement, le tour de chant de Barbara Cook a justifié à lui seul le prix relativement élevé des places. A 80 ans, la "légende" – le mot a été martelé par le speaker – n’a rien perdu de son sens de l’interprétation. Et combien d’artistes de son âge peuvent se vanter d’avoir une voix aussi préservée ? Ses chansons, Barbara Cook les a déroulées comme on remonte le fil de sa mémoire, livrant souvent une anecdote expliquant le choix de tel ou tel titre. Même si elle se fait plaisir avec des chansons plus rythmées comme Ac-cen-tchu-ate the Positive, d’Arlen et Mercer ou cette étrange chanson où elle va jusqu’à imiter des aboiements ("if our little doggies can fall in love / why can’t we ?"), c’est sur les ballades qu’elle est la meilleure, avec une interprétation en apesanteur de No one is alone (Sondheim) ou un magnifique enchaînement, dans un silence religieux, de I’m through with love et Smile. C’est donc devant un public largement conquis qu’elle a pu entamer les premières phrases de Make our garden grow de Candide. Ce moment de grâce a malheureusement été légèrement gâché par le tempo trop rapide pris sur la chanson, que l’Ensemble a eu manifestement du mal à suivre. En rappel, la chanteuse a chanté sans micro un très beau titre, que je ne connaissais pas. Histoire de montrer à ceux qui en doutaient qu’à 80 ans, elle reste l’une des meilleures interprètes du répertoire de la comédie musicale.

PS : Dès que j’ai récupéré un ordinateur digne de ce nom, je mets en ligne quelques extraits du concert, enregistré sur mon dictaphone numérique. Stay tuned. Et après promis, j’arrête avec Barbara Cook.

Wss
Now, this is how you do a musical, bitch
. Magnifique production de West Side Story au Chatelet. La comédie musicale fête ses 50 ans et pour l’occasion, l’auteur du livret, Arthur Laurents, est venu en personne encourager le cast, peu avant la répétition générale. Que l’oeuvre soit géniale n’est pas franchement une découverte, mais elle est ici particulièrement mise en valeur, grâce notamment à un cast irréprochable. Les Tony, Maria et Anita qui jouaient lors de la générale (ils sont remplacés par trois autres comédiens un soir sur deux) sont tous les trois très justes, très touchants. Je ne dis rien sur le Bernardo, vous comprendrez en le voyant… Une chose peut-être : si vous possédez des jumelles, c’est le moment de les sortir.

L’orchestre, de son côté, livre une belle interprétation de la partition de Leonard Bernstein. Quelle partition, d’ailleurs… C’est un choc à chaque écoute. Et le choc est d’autant plus grand lorsque la musique retentit dans un théâtre. Difficile de retenir ses larmes sur Maria, One hand, one heart ou I have a love… Contrairement à Candide, l’autre grande comédie musicale de Bernstein, la partition est ici en osmose avec le livret, les paroles de Stephen Sondheim et la mise en scène légendaire de Jerome Robbins, ici recréée à l’identique. Les chorégraphies de ce dernier n’ont pas pris une ride. Pour l’anecdote, signalons un beau moment gay pendant le ballet
Somewhere… Là aussi, je n’en dis pas plus, vous le verrez par
vous-même.

Un seul (petit) bémol à cette production. Si vous ne connaissez pas l’oeuvre et/ou que vous ne comprenez pas très bien l’anglais, il n’est pas inutile de voir le film ou lire les paroles avant d’aller assister une représentation. Car ce ne sont pas les médiocres surtitres qui vont vous aider… Quand ils ne sont pas complètement décalés, leur traduction laisse franchement à désirer ("je sens qu’un truc super va arriver !" sur Something’s coming… heureusement que Sondheim n’est pas là) et plus de la moitié des répliques ne sont pas traduites. On ne peut pas traduire mot à mot, mais quand même…

Pour finir, j’ai cru comprendre que les deux précédentes productions de West Side Story à Paris n’avaient pas laissé un souvenir impérissable à ceux qui les avaient vues. Les deux personnes qui m’accompagnaient sont formelles, cette production-ci est bien supérieure. Dépêchez-vous donc d’acheter vos places, si ce n’est déjà fait [acheter des places sur le site du Chatelet].

Cette vidéo extraite de Follies in Concert (1985) pour souhaiter – avec quelques jours de retard – un joyeux anniversaire à Barbara Cook, née un 25 octobre il y a tout juste 80 ans.

A voir sur Youtube [sur la page de ce(tte) fan d'Audra McDonald], l’intégrale de l’exceptionnel Passion in Concert (non édité en DVD), avec Michael Cerveris (Giorgio), Audra McDonald (Clara) et Patti LuPone (Fosca). Si Cerveris et LuPone sont tous les deux excellents – la Fosca de Donna Murphy avait l’air sérieusement névrosée, celle de LuPone fait encore plus désespérée, c’est surtout Audra McDonald qui brille dans cette production. L’interprète originale de Clara, Marin Mazzie, en avait fait une femme lointaine et glaciale ; Audra parvient à lui insuffler un peu de chaleur et de passion. Tout cela est conduit par un fidèle de Sondheim, l’insubmersible Paul Gemignani. Ci-dessous, le numéro d’ouverture, Happiness.

Pit
Putting it together est une revue consacrée aux chansons de Stephen Sondheim. Elle a été créée en 1993 à Broadway. Elle met en scène les états d’âmes de deux couples, dont l’un a quelques heures de vol, et un "commentateur". A l’époque, cette production a marqué le grand retour sur Broadway de Julie Andrews, après 30 années d’absence. En 1999, le show a été repris à l’Ethel Barrymore Theatre, avec un cast béton : George Hearn, John Barrowman et Bronson Pichot côté masculin et rien moins que Carol Burnett et Ruthie Henshall côté féminin. La version de 1993 a été éditée en CD, celle de 1999 l’a été en DVD, dans une version assez raccourcie. La comparaison entre les deux vaut surtout pour le match fictif Andrews / Burnett. The Ladies who lunch, qui figure dans le livret avait dû être retiré du spectacle car l’indécrottable accent british de Dame Julie ne collait pas vraiment avec le bagoût new-yorkais nécessaire à l’interprétation de ce classique extrait de Company, rendu célèbre par Elaine Stritch. En revanche, le même phrasé pincé fait des merveilles sur une chanson comme My Husband, the Pig (coupé de A Little Night Music) ou sur Getting Married Today (Company), sur lequel Burnett rame quelque peu (mais quelle comédienne !). En revanche, la voix profonde et la diction de l’actrice/animatrice de télévision se fait plus souvent émouvante, comme sur Everyday A Little Death (A Little Night Music) ou Like It Was (Merrily, we roll along). Dans la version de 1999, on retient aussi l’interprétation de George Hearn, dont la voix a un peu vieilli, mais qui, du coup, colle bien à l’intrigue. John Barrowman, lui, comme toujours, fait un peu trop propre sur lui pour être totalement convaincant dans le registre sondheimien.
L’un dans l’autre, Putting it Together est une revue efficace, qui balaie habilement le répertoire de Dieu Stephen Sondheim, mais qui, de fait, lui fait perdre une partie de sa force. Toutes ces chansons n’ont vraiment de sens que dans leur contexte. Unworthy of your love (Assassins), par exemple, est une ballade destinée à être chantée par l’homme qui a tenté d’assassiner Ronald Reagan pour impressionner Jodie Foster – dont il était un stalker acharné – et la femme qui voulait tuer Gerald Ford – pour plaire à Charles Manson, son gourou. Chantée par Barrowman et Henshall, qui remplacent les références à Jodie et "Charlie" par "Darling", elle perd toute sa saveur et n’est plus qu’une ballade mièvre. Que cela ne vous empêche pas néanmoins d’acquérir le CD et le DVD ou de regarder les nombreux extraits présents sur Youtube. Car, grâce à ses interprètes, le show reste malgré tout diablement efficace.

Où l’on entend Johnny Depp chanter (quelques petites secondes)…

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