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Vu cette semaine l’excellent Encore un tour de pédalos , sous-titré Je hais les gays, écrit, composé et mis en scène par Alain Marcel, auteur du génial Opéra de Sarah. Cette pièce fait suite à une autre, les Pédalos, écrite au début des années 80 en réaction à la Cage aux folles. Les quatre comédiens (de gauche à droite Yoni Amar, Philippe d’Avilla, Steeve Brudey et Djamel Mehnane, tous excellents) interprètent tour à tour plusieurs (stéréo)types d’hommes gays.

C’est admirablement bien écrit et verse rarement dans la facilité: pendant tout le spectacle, j’essayais de deviner les rimes et je n’y suis pas souvent parvenu. Certains numéros, comme « Nous, les fiottes » sont à se plier en deux et sont parmi les choses les plus drôles écrites sur l’homosexualité depuis longtemps (on pense à Torch Song Trilogy). J’ai moins aimé en revanche les chansons dramatiques sur le VIH ou sur les exécutions d’homos en Iran, un brin plus convenus.

Rien à redire sur la mise en scène, sobre et efficace.

Allez-y, il y a même un peu (ou beaucoup, c’est selon) de eye-candy.

Perthus est une excellente pièce de Jean-Marie Besset. J’ai assisté à une représentation il y a quelques mois au Théâtre Marigny et j’en étais ressorti assez impressionné par la qualité de l’écriture et de l’interprétation. Elle reprend au Vingtième Théâtre à partir du 8 janvier. Ci-dessous vous pourrez voir le reportage que Yagg avait consacré à la pièce lors de son premier passage. Sur quatre acteurs, trois ont changé (les trois qui sont interviewés d’ailleurs). Heureusement, il reste le formidable Alain Marcel (également auteur de l’Opéra de Sarah).

Perthus (nom d’un village pyrénéen à cheval entre la France et l’Espagne) met en scène deux amis de lycée et leurs deux mères (toutes deux jouées par des hommes, dont Alain Marcel). L’un des deux amis est attiré par le seconde. Le premier est gay et fier de l’être, le second, c’est moins évident.

A voir.

[Edit] Pascal, l’attaché de presse de la pièce m’a envoyé ces photos de la nouvelle distribution.

Bright Room

Prise pendant les répétition. Photo: Marc Mameaux

A Bright Room Called Day est une pièce de Tony Kushner, l’auteur d’Angels in America. Elle est aujourd’hui présentée à Paris, sous le titre de Bright Room.

La pièce a été écrite en 1985. Elle est un cri de colère de l’auteur face à la réélection de Ronald Reagan et à son silence face  au sida, alors en plein essor aux États-Unis. Kushner utilise un procédé risqué: il fait l’analogie entre la situation des États-Unis au début des années 80 et l’élection d’Hitler puis la mise en place d’un régime de terreur en Allemagne, entre 1923 et 1933. Analogie également employée par Larry Kramer et Act Up (cf. l’affiche « En 40, ils regardaient passer les trains… »)

La « Bright Room », c’est celle d’Agnès, jeune actrice un brin idéaliste. Autour d’elle gravite une petite bande d’amis, que l’avènement du nazisme va peu à peu séparer.

Je ne m’étends pas sur le sujet car nous aurons l’occasion de parler de la pièce sur Yagg. En tout cas, je vous la conseille vivement. Moins ambitieuse que Angels in America, cela n’en demeure pas moins une très bonne pièce, portée par beaux acteurs et une mise en scène sobre mais efficace. Rien à voir avec l’adaptation ratée de l’immense Torch Song Trilogy il y a quelques années…

Elle se joue du mardi 12 au dimanche 17 janvier 2010  à 20h au Théâtre de la Boutonnière (25 rue Popincourt,Paris 11e).

La-Derniere-Conference-De-Presse-De-Vivien-Leigh_theatre_fiche_spectacle_une

Ai assisté à l’une des premières représentations de La dernière conférence de presse de Vivien Leigh. On ne pense pas forcément à Caroline Silhol quand on pense à Vivien Leigh, mais la comédienne, seule en scène, s’en tire plutôt bien. Le dispositif scénique est simple: deux fauteuils, une table, et dans le fond, une immense affiche d’Autant en emporte le vent. Le texte, sans être exceptionnel, est assez réussi, même si le titre faisant référence à une conférence de presse est un peu trompeur. La conférence de presse en question est très peu évoquée et ne sert que de prétexte à un long monologue sur la vie de Vivien Leigh, ses rôles dans Autant en emporte le vent ou Un tramway nommé désir, sa vie avec l’acteur anglais Laurence Olivier ou sa maladie (elle était bipolaire). La pièce se termine sur le déclin de l’actrice et c’est le moment où Caroline Silhol se montre le plus émouvante, à tel point que lorsqu’elle revient saluer, les larmes coulent encore sur son visage. Un beau moment de théâtre.

Master_class
Au début des années 70, Maria Callas a donné une série de Master Classes à la prestigieuse Juillard School de New York. Quelques vingt années plus tard, Terrence Macnally en a tiré une pièce, Master Class, qui fut un beau succès sur Broadway. Le rôle principal avait été créée par Zoe Caldwell, suivie de Patti LuPone. Audra MacDonald faisait également partie de la distribution originale, dans le rôle d'une des élèves (Sharon Graham).

C'est Marie Laforêt qui le joue actuellement au Théâtre de Paris. Jouer Callas est forcément un "tour de force" pour une actrice et il faut reconnaître que Laforêt s'en sort admirablement bien, tour à tour caustique, cassante ou émouvante, mais toujours passionnée.

Elle est en cela plutôt bien servie par un texte de qualité, oscillant entre les Master Classes – où la diva prend un malin plaisir à secouer ses élèves, en ne se refusant aucun caprice et aucun sarcasme au passage – et les digressions sur sa vie, ses relations avec Onassis ou Meneghini ou ses relations avec ses soi-disant "rivales" ("Comment peut-on avoir des rivales quand personne ne peut faire ce que vous faites ?", cabotine-t-elle – texte approximatif).
La mise en scène est minimale pendant les master classes, puis elle accompagne joliment les monologues à la fin de chaque acte en un beau crescendo. Dommage peut-être que ces passages là soient amplifiés, la voix de la comédienne y perd en nuances…

Avec un rôle principal aussi écrasant, les seconds rôles sont forcément réduits à faire de la figuration. Cela n'empêche pas les comédiens de faire du bon boulot (plus côté chant que côté comédie, soit dit en passant).

Une belle pièce.

A voir à Paris, Le Projet Laramie, une pièce de Moises Kaufman, montée pour la première fois à Paris. Je n’ai pas encore vu la pièce et les critiques sont pour l’instant mi-figue mi-raisin, quoique plutôt favorables. En revanche, j’ai lu la pièce originale et vu son adaptation ciné. The Laramie Project raconte le meurtre de Matthew Shepard, vu par une troupe de théâtre qui est allée interroger les habitants de Laramie, dans le Wyoming juste après la mort du jeune étudiant. La pièce est divisée en "Moments". Il y a deux styles de "moments". Les premiers, brillants, mettent en scène une dizaine d’acteurs interprétant tour à tour les personnes qu’ils et elles ont interrogées. L’accent est totalement mis sur le jeu d’acteur, très peu d’accessoires sont nécessaires. Les seconds sont nettement moins intéressants.. Ils s’agit d’une retranscription des moments-clés du procès, l’intervention du fondamentaliste Fred Phelps, la déclaration du père de Matthew Shepard.Ces "moments" là sont un peu faciles, ils auraient eu plus leur place dans un documentaire. Ils gâchent un peu le reste de la pièce. Dommage, car ce qu’a fait cette troupe dans cette ville de Laramie est proprement fascinant.

 

  • Un violon sur le toit revient en mai au Casino de Paris, du 9 mai au 25 juin. Si vous l’avez manqué au Théâtre de la comedia, ne le ratez pas cette fois-ci. En matière de comédie musicale, c’est ce qui se joue de mieux en ce moment à Paris. Ma chronique ici. Places réduites .
  • Le retour de l’adaptation parfois peu convaincante de Torch song trilogy est annoncé au Vingtième théâtre du 20 novembre au 6 décembre.Chroniques ici et ici.
  • L’adaptation cinématographique de Rent sortira en DVD Zone 1 le 21 février. La preuve ici. Sortie dans les salles françaises le… 12 avril.

Ai revu Torch song trilogy au Vingtième Théâtre (que j’avais commenté ici) ce week-end. La performance de ce samedi et le temps qui a passé depuis la première fois où je l’ai vu me rendent un peu moins indulgent. Il y a de vrais problèmes avec cette adaptation :

  1. Le costume jaune de drag du début est hideux.
  2. La traduction laisse à désirer. J’ai noté deux «mettre le blâme sur», qui sont clairement des anglicismes («put the blame» ou «blame» se traduisent par «reprocher»). Comme je l’avais remarqué la première fois, décidément trop de «foutre», «putain» et autres grossieretés qui ne sont pas présentes dans le texte d’origine. Personnellement, ça me hérisse le poil à chaque fois, surtout quand ils sont hurlés.
  3. Les hurlements, justement. Est-ce la fatigue ? L’acteur principal hurle désormais plus son texte qu’il ne le joue. Les autres n’ont pas varié dans leur jeu.
  4. S’il se débrouille parfois très bien, quand il crie pas, l’acteur principal ne passe pas du tout le monologue du début. Et l’omission de la chute est impardonnable.

Les points positifs :

  1. Les acteurs jouant Ed et Laurel sont toujours aussi bien.
  2. Charlène Duval est devenue plus expressive. Les chansons sont sympathiques.
  3. Ça reste toujours un putain de texte. J’avais encore la gorge nouée à la fin du 3ème acte.

Pour rester modeste, je finirai par une citation de Ethel Merman, à qui Harvey Fierstein demandait ce qu’elle avait pensé de Torch Song Trilogy : «I thought it was a piece of shit. But everybody else laughed and cried, so what the fuck do I know ?»

10558Torch song trilogy n’est pas à proprement parler une comédie musicale, mais ce fut un hit sur Broadway (1.222 performances) et la pièce a raflé le Tony Award 1983 de la meilleure pièce,  ainsi que celui du meilleur acteur, pour Harvey Fierstein, donc cela justifie sa présence sur ce blog. La pièce, écrite par Harvey Fierstein, est en fait une succession de trois pièces, qui au final forment une seule pièce en trois actes. Elle se joue en ce moment à Paris, au Vingtième Théâtre, a priori jusqu’au 22 septembre, mais visiblement, les représentations viennent d’être prolongées jusqu’au 30 octobre. Transposer en français une pièce comme celle-ci tenait de la gageure. Le texte est long et complexe. Je n’aime d’ailleurs pas totalement la traduction, qui en rajoute dans les «foutre», «emmerde», «putain», comme pour donner plus de force aux sentiments exprimés, quand le texte original dit les choses de manière plus banale et laisse l’interprétation souligner les mots. L’interprétation est quant à elle une autre paire de manche. Fierstein a écrit la pièce avec un premier rôle à sa (dé)mesure. Arnold Beckhoff est un personnage profondément camp, qui oscille en permance entre le comique et le tragique. L’acteur qui incarne Arnold dans l’adaptation française ne convainc d’ailleurs pas toujours, surtout pour le long monologue introductif (pour sa défense, j’ai vu la deuxième représentation, réputée la pire), mais s’en sort globalement plutôt bien. Les deux autres grands rôles de la pièce sont Ed, qu’Arnold rencontre au début de la pièce (ils se séparent ensuite et reviennent ensemble à la fin) et la mère d’Arnold, figure typique de mère juive. J’ai eu un peu de mal au début à oublier les acteurs du film. L’ Ed du film, Brian Kerwin était un beau trentenaire, très mâle, très américain ; celui de l’adaptation est un français, un peu beauf, pas canon, mais qui assume totalement son personnage (ce qui rend peu crédible le fait qu’il dise travailler «à Brooklyn», alors qu’on le voit plutôt dans la banlieue lilloise). C’est un parti-pris, et je le trouve plutôt réussi. Même chose pour la mère. Autant Anne Bancroft était explosive, autant l’actrice tente de se faire plus nuancée. Assez réussi là aussi. Les deux jeunes acteurs interprétant les rôles d’Alan, le grand amour d’Arnold, et David, son fils adoptifs, font du bon boulot et, comme leurs rôles l’exigent, sont plutôt sexy. Chanceux, d’ailleurs, sont ceux qui ont pu voir un jeune Matthew Broderick dans le rôle de David lors de la création de la pièce Off-Broadway en 1982. C’est grâce à ce rôle que Broderick a été repéré et qu’il a pu mener la carrière que l’on sait. Enfin la partie musicale de la pièce, avec le personnage de Lady Blues, interprété par la drag Charlène Duval est intéressant, même si ses interventions cassent quelque peu le rythme de la pièce dans le premier acte. À noter son adaptation de l’hilarant «I puke», que l’on peut voir dans le film, et qui devient «Je gerbe». Rien à vraiment redire sur la mise en scène. Je m’étonnerai juste de l’omission de deux détails cruciaux par rapport au texte original :

  1. la chute du monologue introductif. Arnold parle de son amant sourd et montre quelques signes, dont celui de «Pas assez». Il enchaîne sur le fait que personne ne l’ait véritablement aimé. Il se fait soudain assez grave et dit que cela le touche. Puis il termine en disant «Pas assez», et fait le geste qui correspond à l’expression. Le «not enough» est essentiel, car il montre l’essence même d’Arnold, le camp. Oui, j’ai été malheureux en amour, mais ça ne m’empêche pas de vivre, car je suis fabuleux. Avec cet oubli, on reste sur un aspect tragique simpliste du personnage.
  2. Ensuite, la dédicace d’un morceau à la radio par Alan pour Arnold n’est pas montrée. Alors que la fin de la pièce est justement un rappel de cette scène, avec David qui dédicace un morceau pour Arnold. Arnold mentionne la scène oralement à David (qui dans la pièce originale lui fait comprendre qu’il a entendu cette histoire 1.000 fois et que ça le saoûle) et finalement, la fin de la pièce perd légèrement en force. Le rappel est moins évident, la filiation entre l’amour d’Alan et celui de David est moins évidente.

Au final, l’adaptation, même si elle est perfectible, est plutôt réussie et vaut le détour. Ma scène préférée : celle où David explique à Arnold qu’il aime la manière dont il le materne, mais qu’il refuse de servir d’excuse au peu d’empressement de ce dernier à refaire sa vie. 

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