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Rvf
J’ai mis le temps, direz-vous. Et vous aurez raison. Je n’ai pas voulu évoquer ce cinquième album de Rufus Wainwright à chaud parce que, voyez-vous, les premières impressions ont été plus que mitigées. Quelques semaines, de nombreuses écoutes et un concert au Trianon rendent l’écoute plus indulgente. Mais pas de là à considérer qu’il s’agit du chef d’oeuvre auquel on pouvait s’attendre après les deux foisonnants (et parfois bancals) Want.
Bien sûr, on est immédiatements séduit par Going to a town, poignante chanson de rupture à une Amérique décevante (rien de vraiment personnel, a tempéré le chanteur dans la presse). Et puis après, plus grand chose. Le premier titre est d’ailleurs – belle ironie – intitulé Do I disappoint you ?. Extraordinaire en live, le morceau est ici gâché par des orchestrations criardes pas très heureuses. Parmi les autres titres, on retiendra sans doute Rules and Regulations, le deuxième meilleur morceau de l’album et peut-être Between my legs. Tout le reste est bien foutu, bien écrit, mais sans âme, à l’image du morceau qui donne son titre à l’album. Où est le souffle qui traversait les précédents albums ? De camp Rufus serait-il devenu cynique ? Sur Nobody’s off the hook, ou Leaving for Paris on frise même l’ennui profond.
Une vraie déception.
Et une pochette affreuse, une de plus – exception faite de Poses.

Coleportersongbook
En 1955, lassée de ne chanter que du be-bop, Ella Fitzgerald quitte Decca pour Verve. Elle y enregistrera entre 1956 et 1964, une série d’albums qui ont marqué sa carrière et au-delà, toute la musique américaine. Chacun de ces huit albums est dévoué au repertoire ("songbook") d’un compositeur ou d’un lyriciste. Ella y chante accompagnée d’un big band dans un style jazz assez léger,
ce qui vaudra souvent à sa série d’albums "songbook" le qualificatif de
"pop". C’est le répertoire de Cole Porter qui essuie les plâtres. Elle chante les titres célèbres du compositeur et lyriciste comme Anything goes, Night and day, I’ve got you under my skin, Love for sale, It’s De-lovely, I love Paris et j’en passe. D’autres titres plus méconnus sont également explorés, si jamais on peut parler de titres méconnus pour Porter… Le style d’Ella correspond bien dans l’ensemble aux chansons de Cole Porter : léger, intelligent, précis. Quand il a entendu l’album, le compositeur s’est exclamé "Cette fille a une de ces dictions !". Peut-être a-t-on juste du mal à imaginer Ella en prostituée blasée sur Love for sale. D’autres interprètes ont pu chanter des versions plus charnelles de tous ces titres. Mais il n’est pas une seule interprétation d’Ella Fitzgerald qui ne soit une référence, quitte, encore une fois, à ce qu’elle puisse être dépassée.  Quel délice en tout cas que l’entendre chanter avec classe et malice ces paroles chargées de sous-entendus "Baby if I’m the bottom / You’re the top !" sur You’re the top.  Ella fait partie de ces interprètes qui pourraient chanter le bottin et les faire sonner comme des standards jazz. Alors vous imaginez quand elle chante des standards jazz comme ceux de Cole Porter…

  • You’re the top (Cole Porter), par Ella Fitzgerald

Intowhite
Into White
, avec sa belle pochette verte, est le dernier album en date de l’auteure-interprète américaine Carly Simon. J’ai connu Carly grâce à l’année du dragon, la magnifique reprise d’Etienne Daho de Touched by the sun, sur Corps et armesInto White, nom d’une chanson de Cat Stevens, est un album de reprises folk. On y trouve du très connu, le très kitsch Oh ! Susanna, Over the rainbow, You are my sunshine (l’unique chanson d’un célèbre épisode de The L Word – les lesbiennes qui mettent plus de deux secondes à deviner lequel seront condamnées à regarder l’intégralité de Derrick d’un seul trait), Scarborough Fair ou Manha de Carnaval. Toutes ces chansons pourtant reprises jusqu’à la nausée sont ici interprétées avec une grande sobriété qui leur confèrent une nouvelle fraîcheur. Un titre comme Over the rainbow, par exemple, est chanté et joué avec une simplicité confondante. Cela redevient juste une chanson et pas ce numéro épique que tout le monde essaie de recréer. Il y aussi des reprises moins connues et quelques compos. J’ai lu de nombreux commentaires sur le web critiquant avec mépris ce disque de "berceuses".  Ca me fait penser à tous ces gens qui disent "oh il faut être dépressif pour écouter ce genre de choses". Comme si, pour ces phallocrates de la mélodie, la douceur en musique était un péché honteux.   Into white est un disque infiniment doux, la voix de Carly, encore plus grave avec l’âge,  a gagné en suavité.  Album câlin sous la couette de la semaine.

  • Carly Simon – Over the rainbow (Harburg /Arlen), tiré de Into White

Dustylive
C’est après quasiment une décennie de grave dépression que Dusty Springfield, qui s’est installée à Los Angeles, se retrouve en 1979 au Royal Albert Hall de Londres. C’est un événement, la princesse Margaret, soeur de la Reine est présente. J’ai d’ailleurs lu, sans avoir pu le vérifier, que Dusty a joué plusieurs fois sur le mot Queen, allusion à la fois à la présence royale et aux nombreux homos venus l’écouter. Elle aurait dû s’en excuser auprès de la princesse, qui dit-on aurait été offensée, par écrit. Pour en revenir au domaine artistique, à ce moment là, la carrière de Dusty peine à redémarrer. Elle vient d’enregistrer deux albums, It begins again et Living without your love, qui n’ont eu qu’un timide écho. Elle ne reprend donc qu’assez peu de titres récents et compose assez habilement entre artillerie lourde (Son of a preacher man, Brand new me, The look of love, etc.), reprises (We are family) et titres plus méconnus.  Dusty a l’air de passer un excellent moment, on peut l’entendre rire à plusieurs reprises et elle introduit beaucoup de ses chansons avec un petit commentaire souvent assez touchant. Le plaisir étant en général assez communicatif, on suppose que les spectateurs ont eux aussi pris leur pied et l’auditeur de l’enregistrement que je suis n’est pas en reste. Bref, il se passe quelque chose à ce concert, en grande partie grâce à la générosité immense de l’artiste. A redécouvrir donc, parce que quelque chose me dit que la générosité va être une denrée rare en 2007.

  • I close my eyes and I count to ten

B000axsn5g01_sclzzzzzzz_Je n’ai pas encore pu m’imprégner de la totalité du nouveau Neil Young, Prairie Wind. Mais je pense en avoir une bonne impression malgré tout. Sans être révolutionnaire, l’album, que l’on présente comme le dernier volet de la «trilogie des moissons» avec Harvest et Harvest Moon, contient quelques très beaux morceaux, d’autres moins marquants. Il fait partie en tout cas des albums acoustiques de Young. Emmylou Harris fait quelques chœurs, ce qui rajoute une petite touche de grâce à l’ensemble.

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