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Vu Hairspray à Londres ce week-end. Très belle production, très efficace. L’œuvre commence à être connue: rien de révolutionnaire, mais des chansons entraînantes, des blagues en veux-tu en voilà (qui ne tombent jamais dans la vulgarité, contrairement à une partie du public, dont les rires mettaient parfois mal à l’aise), des décors au kitsch assumé, un cast pas mal du tout pour une fin d’exploitation (ça s’arrête fin mars): largement de quoi passer un bon moment.

L’une de mes répliques favorites est prononcée par la productrice WASP Velma von Tussle, lorsqu’elle voit sa fille en prison avec Tracy Turnblad et tout le cast du « Negro day »:

« Amber, what are you doing in here with all these… minorities? »

Jolie performance du comédien qui interprète Edna, Phil Jupitus, qui ne fait que souligner encore un peu plus l’absurdité du choix de Travolta pour l’adaptation au cinéma. Bref, je devrais aller faire un tour du côté du West End plus souvent.

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Follies
, de Stephen Sondheim et James Goldman, était représenté dans une version concert le dimanche 4 février au London Palladium. Il s’agissait d’un événement de charité au profit de la Starlight foundation, qui réalise les voeux d’enfants hospitalisés. Stephen Sondheim n’était pas présent comme beaucoup espéraient, il s’est contenté d’un mot dans le programme disant qu’il aurait aimé être là. Le cast était assez exceptionnel. Ce que je ne peux dire qu’a posteriori. Je ne connaissais que Liliane Montevecchi et Kim Criswell, vue récemment dans le Candide du Chatelet, qui interprétaient toutes deux des rôles mineurs. J’étais déjà familier de la musique de Follies et je m’attendais à une prestation de qualité. J’étais bien en dessous de la réalité. Cette soirée était exceptionnelle et le mérite en revient à la fois à cette oeuvre fabuleuse et à celles et ceux qui lui ont donné vie.
L’histoire : un vieux cabaret, les Weissman Follies s’apprête à être détruit et transformé en parking ; la veille de sa destruction, les anciennes danseuses se retrouvent et se remémorent la personne qu’elles étaient 30 ans auparavant ; deux anciennes danseuses sont mises en avant, Sally et Phyllis ; elles sont mariées respectivement avec Buddy et Ben. On apprend aussi rapidement que Ben et Sally ont eu une liaison, dont le souvenir continue de les hanter. Le thème principal tient peut-être dans une chanson du personnage de Ben : The road you didn’t take et cette phrase sublime : "The Ben I’ll never be / who remembers him ?". Les personnages réfléchissent à ce qu’ils ont fait de leur vie, aux rêves qu’ils avaient, et, ce faisant, se retrouvent confrontés à un double d’eux-mêmes avec 30 ans de moins.
Le premier acte se concentre sur l’histoire de Buddy, Ben, Sally et Phyllis avec quelques intermèdes d’anciennes danseuses. On passe ainsi sans cesse du rire aux larmes. Du rire avec les numéros de Liliane Montevecchi, cabotine comme jamais ou de l’hilarante Meg Johnson (Who’s that woman ?) et des larmes avec les interprétations exceptionnelles de Maria Friedman, en Sally (In Buddy’s eyes, tout en subtilité) et Philip Quast en Ben (The road you didn’t take, d’une mélancolie absolue). A noter aussi, les excellentes interprétations de deux chansons emblématiques de Follies, Broadway Baby, chanté très jazzy par Imelda Staunton et I’m still here, interprété avec malice et fougue par une Kim Criswell ovationnée. Dommage toutefois que le final de Broadway baby soit gâché par les reprises des deux chansons précédentes (Ah Paree et Rain on the roof). Dramatiquement, c’est cohérent. En pratique, cela gâche la chanson. Surtout quand elle est aussi bien interprétée que lors de cette soirée.
Dans le deuxième acte, on assiste à un enchaînement de morceaux de bravoures chantés dans un théâtre qui en principe, doit être en train de s’effondrer. C’est sans doute à ce moment que le manque de décor s’est fait ressentir. L’émotion, de fait, était plus dure à capter que lors du premier acte. Outre le célèbre Losing my mind, c’est sans doute Too many mornings, chanté par Ben, Sally et la jeune Sally, si je ne m’abuse, qui était le plus touchant. Le tout se conclue sur la crise de nerfs de Ben (Live, Laugh, Love) et le beau finale Waiting for the girls upstairs/Beautiful girls. Logiquement, la salle s’est levée pour applaudir cette belle performance.
J’avoue que j’attends avec impatience le moment où Follies sera joué à Paris. Je crois que beaucoup mettront du temps à s’en remettre.
En ce qui me concerne, la découverte de cette soirée, c’est défintivement Maria Friedman [son site], qui a notamment joué dans le très remarqué revival de Sunday in the park with George à Londres en 2005. Elle se paie d’ailleurs le luxe d’en interpréter un titre avec Stephen Sondheim lui même au piano sur son album Now & Then, sorti en 2006 (il y a un clip, visible sur son site). Sa voix manque peut-être un poil d’épaisseur, mais elle se rattrape très largement dans l’interprétation. Une vraie révélation.

  • The Road you didn’t take, par George Hearn (Follies in concert, 1985)

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