Follow Us

Copyright 2014 Brand Exponents All Rights Reserved

Anybody walking?

Note d’intention:

«Anybody walking?», lance le commentator d’un ball une fois qu’il a annoncé la catégorie. Qui se lance? S’ensuit un compte à rebours: «10, 9, 8, 7…». Les spectateurs se tournent alors vers l’extrémité du floor, à l’exact opposé de la table des juges ; en coulisses, les houses finissent de préparer celui ou celle qui va devoir s’élancer avant que le commentator n’arrive à zéro et ne passe à la suite. Et puis, ça y est, il ou elle se lance pour convaincre les juges du talent avec lequel il ou elle exécute les pré-requis de sa catégorie. Dans la salle, le nom de sa house résonne, chanté par les autres kids, la mother, le father et certains spectateurs. Ou s’il/n’est pas dans une house, on entend «double O, double O», pour 007.

A partir de là, tout est possible. La salle peut manifester bruyamment son approbation, comme elle peut signifier son ennui. Les non-initiés à la culture ballroom et à ses nombreuses règles et nombreux codes auront parfois l’impression de ne rien comprendre. Et puis, est-ce un regard?, est-ce une entrée spectaculaire?, un enchaînement de mouvements audacieux?, un dip bien placé? La salle s’enflamme et les profanes n’ont jamais rien vu de tel. Pour la personne sur le floor, c’est une consécration. Comme si tous les efforts, toutes les difficultés, tous les rejets parfois, toutes les joies souvent, convergeaient en cet instant fugace où votre communauté reconnaît votre valeur. La valeur de celui ou celle qui vient de faire honneur à la culture ballroom. La valeur de celui ou celle qui a eu la force et le courage de se lancer lorsque le commentator a lancé à la foule «Anybody walking?».

Note personnelle: 

J’ai assisté à mon premier ball fin 2014. L’énergie de l’événement, la photogénie des participants et l’envie de découvrir comment tout cela fonctionnait m’ont immédiatement happé. Quatre années, des dizaines de balls et des milliers de clichés plus tard, j’ai eu envie de rendre à la communauté voguing un peu de ce qu’elle m’a donné.

En effectuant des recherches pour ce projet d’exposition, j’ai pu mesurer combien mon regard et ma technique avaient évolué au fil du temps. Je commençais à peine la photo à l’époque. La communauté voguing m’a permis de pratiquer et de perfectionner la photo, aux balls mais aussi en dehors, pour des séances de portraits. C’est ensuite mon approche qui s’est transformée. D’abord journalistique, puis communautaire et depuis que j’ai rejoint une house, elle s’est faite plus intime. Pour employer une métaphore photographique: partie du grand angle, ma focale s’est peu à peu resserrée. En ce sens, ces clichés témoignent aussi de mon propre voyage au sein de cette culture passionnante. De Xavier Héraud à Xavier Ebony. Mon ball personnel, en quelque sorte. Alors, « anybody walking? »