Grammy Awards
C’est subtil, les Grammy. Meilleur disque de l’année, ce n’est pas la même chose que Meilleur album. Le premier désigne en fait ce qu’ici on appellerait meilleur "single", mais attention ce n’est pas la même chose que la "meilleure chanson" de l’année, qui récompense l’auteur de la chanson alors que les autres récompensent, l’interprète et les producteurs. De même qu’il existe une distinction entre les albums de World Music traditionnels et les albums de World Music contemporains (la distinction vaut aussi pour le R’n’b). Et dans un souci d’exhaustivité, on récompense même le "meilleur album de Polka"…
La grande vainqueure de la soirée, c’est Amy Winehouse : meilleure disque et chanson de l’année avec Rehab, "Best new Artist" et j’en passe. Elle n’a pas obtenu en revanche le meilleur album, qui va à Herbie Hancock, avec son hommage à Joni Mitchell : River – The Joni Letters.
L’album de Herbie Hancock le mérite amplement, mais il s’agit d’un album de reprises et je le trouve parfois un peu trop cérébral (le difficilement reconnaissable Both Sides Now). L’explication est peut-être celle-ci, la catégorie Album de l’année est trop étroite pour celui d’Amy Winehouse. Dans deux ans, Back to Black devrait avoir de sérieuses chances pour devenir l’album de la décennie.
A noter également une récompense pour Robert Plant et Alison Krauss (Meilleure collaboration pop) et pour Joni Mitchell elle-même (Meilleur instrumental pop).
Jens Lekman – Night falls over Kortedala

Un peu comme si Jay-Jay Johanson faisait de la bonne musique… On est un peu dur avec ce vieux Jay-Jay, mais il y a de ça. Les voix des deux Suédois sont étonnament proches (la latitude ?), mais la musique de Lekman est nettement plus légère. Je dirais même plus : cet album est une merveille de musique pop. Et il n’y a rien à jeter. Night falls over Kortedala enfile les bonnes chansons comme d’autres les perles.
Il y a The opposite of Hallelujah, Your arms around me et leurs refrains imparables.
Il y a aussi I am leaving you because I don’t love you et son obsédant motif de piano. Si vous cherchiez une nouvelle chanson de rupture, vous l’avez trouvée ("I’m so sorry I couldn’t love you enoooooooough").
L’excellent A Postcard to Nina, chanson d’un hétéro qui joue les boyfriend pour une amie lesbienne dans le placard ("Nina, I can be your boyfriend / So you can stay with your girlfriend") rejoint quant à lui My Best Friend de Hello Saferide au panthéon des titres pop lesbian-friendly.
Il faut retenir le nom de Jens Lekman. Voilà quelqu’un qui sait écrire une mélodie. Night falls… est incontestablement l’album pop de cet hiver.
Cat Power – Jukebox

Bel album de reprises que ce Jukebox. Deux ans après The Greatest et huit après The Covers Record, un autre album de reprises, Chan Marshall a passé quelques classiques du répertoire américain à sa moulinette folk-blues. La reverb omniprésente sur sa voix donne l’impression de se trouver en permanence devant un road-movie américain.
C’est une version originale du New York, New York qui ouvre le bal. La mélodie de ce dernier est d’ailleurs à peine reconnaissable. C’est heureux car il n’est jamais très judicieux de vouloir rivaliser avec Sinatra ou Liza Minnelli – il existe plein d’exemples dans ce sens. Parmi les autres titres "connus", il y a le Don’t Explain de Billie Holliday ou le Blue de Joni Mitchell. Là aussi, les deux versions originales sont vite oubliées, tant on a juste l’impression d’entendre du Cat Power.
Le reste de l’album est à l’avenant, que l’on ait affaire à du Hank Williams (Ramblin’ (Wo)Man), Creedence Clearwater Revival (Fortunate Son) ou Bob Dylan (I believe in you). Peut-être a-t-on juste parfois l’impression d’écouter une seule chanson de 45 minutes. Mais comme la chanson en question est de grande qualité, on ne songera pas à s’en plaindre. Voilà de quoi bien débuter l’album.
Et très belle pochette, ce qui ne gâche rien.
Radiohead – In Rainbows

Difficile de passer à côté de cet album. D’un, en raison de sa mise en vente directement sur le site du groupe, sans intermédiaire, à un prix librement fixé par l’acheteur ; de deux, parce que c’est un excellent album. Je n’avais pas accroché outre mesure sur les albums précédents depuis Ok Computer, à l’exception de quelques chansons isolées. Ici on aura du mal à résister à l’album en général et à des chansons comme Nude ou Reckoner (en écoute ci-dessous) en particulier. Cette dernière notamment est incroyable, avec sa mélodie qui vous reste gravée dans la tête longtemps après l’avoir écoutée. Pour une fois, Thom Yorke chante plus qu’il ne geint. Et musicalement, dans le genre rock moderne et efficace, on peut difficilement mieux faire. Si j’avais dû faire un top 5 des albums marquants de 2007, celui-ci y aurait amplement mérité sa place. Après avoir été disponible uniquement en mp3 sur le site du groupe, In Rainbows sort aujourd’hui en CD. Voilà comment créer deux événements avec un seul disque. Et si vous en voulez encore, le groupe a joué l’intégralité de l’album pour Current TV [Voir la vidéo]

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The Great Show of Nina Simone Live in Paris

Ah, remonter dans le temps… et assister à un concert de Nina Simone au temps de sa splendeur. Assister à ce concert en particulier, à Paris, en 1968 (date à vérifier). Si le téléchargement a une vertu, c’est bien celle de permettre la redécouverte de tels disques. Que de versions géniales réunies en un seul album…
A album exceptionnel, billet exceptionnel : je vous ai mis une radio ci-dessous avec l’intégralité des chansons figurant sur l’album. Puique ce dernier n’est plus édité, pourquoi se priver ? Ecoutez donc cet incroyable Don’t let me be misunderstood. Nina Simone réinvente complètement sa propre interprétation. Et montre au passage qu’elle n’a pas volé son titre de Grande Prêtresse de la Soul. Et ce Just in Time, l’une de mes chansons préférées, n’a jamais été chanté de façon aussi poignante. Comment résister au "You changed me" qu’elle répète avec ferveur à la fin du morceau ? Seule Judy Garland, dans un style très différent, l’a interprétée avec autant de passion. C’est sans doute pour cela que la fin du film Before Sunset est si réussie. Et ce Life (tiré de Hair), et ce Backlash Blues, ce House of the Rising Sun… je pourrais toutes les passer.
On se doute que beaucoup de titres ont dû être coupés pour faire tenir le concert sur l’album. Peut-être un jour ces inédits sortiront-ils de l’ombre… Tout comme ce magnifique live, l’un des plus beaux disques de la femme noire qui chantait. En attendant ceci ou en attendant qu’on puisse remonter le temps, bonne écoute. Ca devait être du "Great Show", indeed.

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Rufus does Judy Garland at Carnegie Hall

Voici le disque qui réconciliera les malheureux spectateurs parisiens du concert Judy Garland de Rufus Wainwright. Rufus does Judy at Carnegie Hall est l’enregistrement du concert au Carnegie Hall, le lieu même où Judy Garland avait donné, 45 ans plus tôt, son célèbre concert.
L’ordre des chansons est scrupuleusement respecté, de même que les arrangements. Le principal point qui pourra faire débat est évidemment l’interprétation de Rufus. Même lorsque sa voix est en forme, celle-ci semble souvent étrange sur un répertoire comme celui-ci. Il y a quelques interprétations particulièrement réussies, je pense à The man that got away ou If love were all. Son Over the rainbow est également très bien, mais sur le disque original Judy en a livré sa meilleure version (ce qui n’est pas peu dire), impossible à oublier quand on écoute toutes les autres. En revanche, il est moins convaincant dans des titres comme Do it again, qu’il prend dans sa tonalité originale (soit un peu trop haut pour lui).
La limite du projet tient sans doute à la personnalité de Rufus. Lui et Judy ne jouent pas dans la même catégorie – ceci étant dit sans idée de hiérarchie. Ce qui fait la force du concert original, c’est que la chanteuse semble mettre toutes ses forces dans la bataille. En 1961, elle se remet d’une hépatite qui aurait dû l’empêcher de remonter sur scène. Il y a clairement une dimension tragique dans son interprétation, renforcée par le destin qu’a connu ensuite la chanteuse. Le projet de Rufus est peut-être trop ouvertement camp pour s’approcher de la force émotionnelle que dégage le concert original. Et peut-être un peu jeune.
Si l’on avait pu avoir le choix, on aurait préféré voir la fille de Garland, Liza Minnelli, reprendre toutes les chansons de sa mère. Elle seule aurait eu les épaules et le passé adéquats. Mais elle s’y est toujours refusée et a d’ailleurs fait savoir qu’elle n’approuvait pas le petit happening de Rufus Wainwright. L’autre fille de Judy, Lorna Luft, fait une apparition dans le show, sur After you’ve gone (et dans les rappels, qui ne figurent pas sur le cd). Son entrée est saisissante, tant il est clair qu’elle a hérité de la voix de sa mère. Mais là comme à Paris, il lui manque le génie de l’interprétation. Quelle lourdeur ! La soeur de Rufus, Martha Wainwright, en revanche, livre un très beau Stormy Weather. A noter aussi, la présence de leur mère, Kate McGarrigle, qui accompagne sa progéniture au piano sur Over the rainbow (l’introduction de la chanson donne lieu à un échange savoureux entre les deux).
Au final, malgré les défauts inhérents à ce type de projet, on ne peut qu’être admiratif. Il fallait du cran, une bonne dose de talent et un brin de folie pour le mener à terme. Mission accomplie. Quel est le prochain ?
ps : Le concert de Londres a été édité en DVD, sous le nom de Rufus ! Rufus ! Rufus ! does Judy ! Judy ! Judy ! Contrairement à l’édition CD, il contient les rappels où reviennet Lorna Luft, Kate McGarrigle et Martha.
Diana Krall / Dianne Reeves : Bitch fight for Christmas


La cover : La lettre pour Dianne Reeves, qui joue à maman Noël, avec quelques petits flocons jpeg ; l’esprit pour Diana Krall, qui a mis sa plus belle robe et ses plus belles chaussures et prend une pose glamour. Et puis Dianne, est-ce de la fourrure ?? Non pas que nous soyons contre, mais comme disait Barbara Bel Geddes dans je ne sais plus quel film « Mink is so everyday ». [Edit : on me signale dans les commentaires que Diana Krall semble en fait déguisée en sapin de noël. Elle conserve son point et on serait même tenté d’en rajouter un deuxième]
A ma gauche, Christmas time is here, de Dianne Reeves ; à ma droite, Christmas songs, de Diana Krall. Deux divas pour un seul Noël, c’est une diva de trop. Quoi de mieux pour les départager qu’un petit comparatif de derrière les fagots ?
Le point est attribué à Diana Krall.
Le repertoire : Ces dames font du jazz, elles ont un peu de goût, elles ne vont donc pas chanter du Tino Rossi. Elles se concentrent essentiellement sur le répertoire américain, et quelques chansons traditionnelles. Quelques doublons sont à signaler. Dianne Reeves est peut-être légèrement plus traditionnaliste avec des chansons chrétiennes comme Little drummer boy, A child is born ou Christ child’s lullaby. Diana Krall a le bon goût de conclure avec Count your blessings instead of sheep, une magnifique chanson d’Irving Berlin.
Le point est attribué à Diana Krall. Trop de Jésus tue Jésus, Dianne.
La meilleure version de Have yourself a merry little christmas : C’est la meilleure chanson de Noël. Est-ce parce que c’est la plus déchirante ? Quoi qu’il en soit, ce classique, chanté par Judy Garland dans Le chant du Missouri est un passage obligé de la chanson de Noël et les deux ladies s’y sont bien évidemment collées. Dianne Reeves livre une version sobre, élégante tant au niveau de son interprétation que des accompagnements (il faut féliciter son guitariste). En revanche, on a connu Diana Krall moins scolaire, au point que sa version paraît presque empâtée.
Le point est attribué sans conteste à Dianne Reeves.
L’interprétation : Autant comparer une Formule 1 et une Bentley. Dianne Reeves est une virtuose du chant, Diana Krall est une excellente pianiste et une chanteuse jazz-pop au magnifique timbre grave. Dianne est plus « jazz » que Krall, elle aime souvent improviser, infléchir les lignes mélodiques, parfois au détriment de la chanson elle-même. Ici, rien de tel, son interprétation se fait toujours au service de la chanson. Ce dont on lui sait gré. Quant à Diana Krall la suavité de son timbre est toujours un bonheur à entendre, même s’il ne fait pas toujours mouche (cf. point précédent).
Le point est attribué ex-aequo à Dianne Reeves et Diana Krall.
Verdict : Par 3 points à 2, Diana Krall remporte le Bitch fight for Christmas ! (Mais achetez donc le Reeves quand même, ne serait-ce que pour Have yourself…)
Cassandra Wilson – Harvest Moon
Entendue dans le beau film de Wong Kar Wai, My Blueberry Nights, cette non moins belle reprise du Harvest Moon de Neil Young. Elle est signée Cassandra Wilson.

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Bijoux & Babioles…

… c’est le titre du nouveau Juliette, à paraître le 4 février 2008, dont vous découvrez ici en exclu la cover. Première écoute très satisfaisante. L’album, dans la même veine que le précédent, Mutatis Mutandis, contient notamment un titre que Juliette a (entre autres ?) chanté lors de son dernier passage au Chatelet [lire mon compte-rendu] : le malicieux Tu ronfles. Je vous en reparle un peu plus tard. La "patronne" sera en tournée dans toute la France du 29 janvier au 31 mai et elle s’arrêtera pour trois dates à l’Olympia les 3, 4 et 5 avril [acheter des places].
Andrew Bird – Armchair Apocrypha

C’est tout simplement l’un des meilleurs albums pop que j’aie écouté ces derniers mois. Après deux albums sortis chez la mère de toutes les folk furieuses, Andrew Bird a pris son envol avec ce magnifique recueil de chansons toutes meilleures les unes que les autres, citons notamment Fiery Crash, Plasticities, Scythian Empire ou Spare-Ohs… Pour vous donner une idée du personnage : Bird a l’allure et la voix d’un John Cale en plus sain d’esprit ; et de sa musique : un savant mélange de guitares, de cordes, quelques notes sifflées ici ou là, à rendre jalouse Micheline Dax et surtout des mélodies imparables.
En écoute, Scythian Empire.

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PS : Et merci aux copines qui m’ont donné l’envie d’écouter cet album [copine 1, copine 2].
Alexi Murdoch – Orange Sky

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Jérémie Rose – We’re birds
Toujours dans la série "Mes amis ont du talent" : à écouter sur son myspace, We’re birds, la nouvelle chanson de Jérémie Rose. Et si vous avez un compte CQFD, n’hésitez pas à voter pour lui.
Jose Gonzales – Teardrop
A écouter, cette sympathique reprise de Teardrop de Massive Attack (feat. Elisabeth Frazer, de Cocteau Twins, l’une de mes chanteuses préférées).

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Rufus Wainwright sur FIP
Demain soir, Rufus Wainwright, accompagné de son groupe, est à Radio France. Il donnera un concert pour FIP. A écouter en direct à partir de 20h. [Lires les infos]
[Edit] Bref compte-rendu : rien de bien nouveau par rapport au concert du Trianon [lire mon compte-rendu]. Il a chanté en grande majorité des chansons de Release the stars, exception faite de Beautiful Child, 14th street, Gay Messiah et d’un sympathique nouveau titre, Zebulon (si j’ai bien compris), interprété piano-voix. Il se pourrait d’ailleurs que je crée un groupe sur Facebook pour demander qu’il cesse de nous bassiner avec le très ennuyeux Leaving for Paris, qui une fois de plus m’a permis d’inspecter le plafond de la salle avec la plus grande précision. Pas de déguisement cette fois-ci. Après tout, on est à la radio… Le public de Rufus, toujours prompt à se lever pour un oui ou pour un non, a réservé comme il se doit plusieurs standing ovations au chanteur. Vivement le prochain album.


